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  R é c i t s  
       
         
    0 2  -  0 3  J u i l l e t   2 0 1 0    
         
    L'été est une période merveilleuse. Les jours longs portés par un soleil haut sur l'horizon sont propices aux joies de la vacation. La nature resplendi, l'air est tout empli d'insectes vibrionnant au dessus des champs. Plus haut encore, dans l'azur étouffé de chaleur s'accumule une armée de nuages hissant leurs têtes jusqu'aux confins de la troposphère, une armée prête à envahir des cieux faussements paisibles.

En ce deux juillet, me voilà en compagnie d'Olivier Momon lancé à la poursuite de ces monstres atmosphériques en gestation. Nous filons sur l'Autoroute A 16 en direction d'Amiens sous un ciel encore calme. Seules quelques molles averses croisent sur la Haute Normandie tout en se décalant vers la Picardie. 

Mais peu à peu, au cours de notre montée inexorable vers le septentrion le ciel se fait plus menaçant. Les nuages qui présentaient jusque là un aspect plat et horizontal s'animent soudain de circonvolutions atmosphériques et se lancent dans une course effrénée vers le ciel. La compétition nuageuse bat son plein lorsque nous nous postons non loin d'un parc éolien dans les environs de Breteuil. Les nuages sont devenus orages et de lourds rideaux de pluie s'abattent sur les blés mûrs. 
   
         
       
         
   

Une averse très forte mais localisée enveloppe les collines situées à une dizaine de kilomètres de notre position tandis que de fréquents roulements de tonnerre font vibrer la masse d'air moite. De longs coups de foudre frappent les plaines environnantes avec une belle fréquence tandis que le souffle de l'orage fait ployer et ondoyer les blés. Moment suspendu ou la poussière nimbée d'humidité s'envole en de capiteuses effluves estivales. L'odeur de l'orage nous envahit alors que le vent joueur tourbillonne sur les bosquets.

Notre compère Julien Batard, parti de Notre-Dame de Gravenchon en Normandie, nous rejoint sur place et ensemble, nous regardons le train d'orage se décaler vers le Nord-est. 

   
         
       
         
    Les cellules se sont soudées en un petit système multicellulaire qui file bien vite sur la région de Péronnes. Au zénith le ciel reste bien encombré et quelques averses résiduelles sourdent ça et là. L'une d'elle produira quelques coups de foudre proches qui nous surprendront.

Malgré le départ des orages l'atmosphère demeure chaude et lourde. Les cellules en fuite n'ont pas vraiment fait baisser la température qui approche les 30°C. Le soleil qui s'était réfugié derrière la nue grondante reprend possession de la voûte céleste et l'humidité se recondense immédiatement. Nous devinons à travers l'air saturé d'humidité que le sud nous réserve quelques surprises. Le ciel qui était si bleu est désormais envahi par une enclume étirée par de forts vents d'altitude. Sur l'horizon palpitent de nombreux éclairs. 

Juchés sur une butte située non loin de Beauvoir, nous découvrons une zone orageuse bien plus vaste que la précédente. Un rouleau nuageux assez turbulent barre l'horizon et avale peu à peu le paysage. Il n'est autre que la matérialisation de la bousculade aérienne de l'air frais et lourd produit par les orages. Ces derniers forcent ainsi l'air chaud plus léger à s'élever et à se condenser.
   
         
       
         
    Cependant, l'arcus reste de taille modeste et tend même à se déliter. Les grondements de tonnerre lointains se font plus discrets ne se manifestant plus que sous la forme de brêves décharges internuageuses.    
         
       
         
    L'arcus passe sans coup férir alors que les précipitations ne se réduisent plus qu'à de fine gouttes. Cependant de nouveaux coups de foudre plus proches se manifestent et déchirent les cieux. Nous nous apercevons que l'orage vient brusquement de se renforcer à quelques kilomètres à l'est de notre position. Très vite, nous nous plaçons sur les hauteurs, au bord d'une petite route départementale alors qu'il ne cesse de gagner en vigueur. Nous sommes idéalement placés, car malgré une forte activité, les cellules passent devant nous sans nous toucher. Comble du spectacle, un fugace rayon de soleil éclaire de manière intermittante les champs qui se déroulent à nos pieds.

La foudre se manifeste très fréquemment et nous réussissons plusieurs fois à la capturer au vol.
   
         
       
         
    Dans notre dos un ovni nuageux se forme et préfigure la naissance d'un nouvel arcus de dimension assez modeste. L'orage fut à ce moment là assez violent, déversant des trombes d'eau et une activité électrique vraiment marquée pendant une quinzaine de minutes.    
         
       
         
    Emporté par un flux assez rapide, cette perturbation, qui se révéla être un système de méso-échelle, parti vers des horizons plus nordiques, laissant dans son sillage une masse d'air considérablement rafraîchie. Les nuages ne présentaient plus qu'un aspect plat et peu menaçant, indiquant une stabilisation des différentes couches atmosphériques. Cet élément peu favorable à l'éclosion de nouvelles tourmentes nous conforte dans l'idée de lever le camp afin de poursuivre nos pérégrinations orageuses dans les régions centrales. Nous partons donc tranquillement en début de soirée et après trois heures de routes nationales et une petite halte sustentatrice aux Andelys, nous revoyons dans les environs de Chartres les lointaines palpitations kérauniques frapper les plaines orléanaises. Malheureusement nous arrivons un peu tardivement et nous ne pouvons, qu'impuissants, regarder ce modeste orage jeter ses derniers feux en abordant la région parisienne. Instants trop rares ou les étoiles contemplent implacides les feux terrestres lancer leurs flash rageurs vers le ciel.    
         
       
         
    Non loin de Pithivier, nous rejoignons l'équipe au grand complet, Xavier Delorme, Cyril Leroy et Olivier Buhard qui croisaient sur les plaines de Beauce à la poursuite des orages centraux. Avec succès!

Après quelques bons moments de galéjades, nous reprenons l'attente. En effet les images radars nous indiquent qu'un très fort orage sévit sur le sud-ouest et remonte tranquillement en flux de sud vers notre position. Les heures passent, la nuit se fait plus épaisse, à peine troublée par le crépitement indistinct de larges gouttes de pluie qui abreuvent de manière très isolée les vastes plaines beauceronnes. Ne distinguant aucun flash, aucun crépitements qui signaleraient la présence d'un quelconque orage, nous décidons d'aller le rencontrer sur les bords de Loire, non loin de la centrale de Saint Laurent des Eaux.

Le jour commence juste à poindre sur l'horizon, et déjà nous distinguons un ciel malade, torturé. L'étage moyen tout entier bouillonne et quelques coups de tonnerre lointains et anarchiques sourdent depuis les altocumulus.
   
         
       
         
    Au dessus de nous, des centaines d'insectes affolés volettent dans tous les sens. L'aube se fait étrangement calme, nous n'entendons plus un bruit, seul un lointain coup de tonnerre trouble la quiétude de l'instant. Le soleil apparait, point orange sur l'horizon et part vite se réfugier derrière la nue suspendue. L'ambiance est turnérienne, l'attente palpitante, quelle surprise le ciel nous réserve-t-il?

Un trait bleuté barre l'horizon sud. L'humidité est plus présente que jamais et la voix de l'orage, jamais forte, chante une grave mélopée de sa voix la plus basse. Et puis soudain le ciel se déchire, la nature nous révèle son vrai visage, effrayant ! Un arcus monstrueux a pris possession de l'horizon et s'avance bien vite en engloutissant le paysage dans sa gueule sillonnée d'éclairs.
   
         
       
         
         
       
         
         
       
         
         
       
         
    Nous n'en menons pas large et une pluie diluvienne portée par de fortes bourrasques cingle les vitres de la voiture. Les coups de foudre claquent très proches de nous alors que le vent fait vibrer le trafic tout entier, nous nous sommes fait avaler ! Nous attendons au sec, émerveillés par ce grand show céleste tonitruant et attendons que les éléments se calment quelque peu avant de reprendre la direction de ... notre lit !    
         
         
    ©  H e n r i    B u f f e t a u t    
         
       
 
 
   
 
 
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